Baptême d’Alexandre
Le 31 décembre 2023 à la cathédrale de Saint Irénée
Le 31 décembre 2023, nous avons baptisé selon le Rite Orthodoxe, notre frère Alexandre.
Après un cheminement catéchétique avec le père Jacques-Patrick, l’Esprit Saint a fondu sur lui et le très Haut l’a pris en Sa Sainte garde à la veille de l’an neuf !
Homélie prêtre Jacques-Patrick du 31 décembre 2023
Mes amis, il existe trois types de temporalités :
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- Le temps profane, qui sous les auspices de Janus aux deux visages (janvier) porte son regard à la charnière entre passé et avenir et fêtera cette nuit le passage à l’an 2024, ce temps s’appelle chronos, il dévore ses enfants comme trépassent chacune de nos années.
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- Le temps cyclique des boucles Traditionnelles, on le nomme Aiôn, il préside au mouvement des temps liturgiques ou des rythmes de l’univers, il se consomme et se régénère inlassablement dans la course infinie et têtue de l’Ouroboros
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- Le temps du Kairos, un instant « numineux » (Graf Durkeim) ou le mystère perce nos vies ordinaires pour les ensemencer d’une signification nouvelle et manifester le moment décisif et radical d’une vie qui bascule de l’ancien au nouveau,
Aujourd’hui il me semble que ces trois temps se rencontrent et se conjuguent :
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- Dans le baptême de notre néophyte Alexandre que l’Eglise accueille au seuil de sa vie nouvelle de Chrétien.
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- Dans le recommencement annuel du cycle liturgique prenant appui sur la Nativité du Verbe de Dieu et nous conduisant déjà vers Son Ascension.
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- Et dans cette fête de la Saint Sylvestre ou les heures qui viennent célébreront la course folle d’un chronos qui s’enfuit déjà….
Debout à la jointure entre ces trois temps, nous Chrétiens, proclamons que chaque jour, chaque instant est une année nouvelle.
Par le sacrement du baptême qui est sacrement de renouveau nous vivons dans un renouveau perpétuel dans un instant d’éternité !
Notre marche n’est pas une marche vers un temps qui s’écoule en direction du naufrage de la vieillesse et de la mort, mais une marche vers la jeunesse éternelle, vers des cieux nouveaux, vers une terre nouvelle ou la justice habite ( 2P 3/13).
- Et dans cette fête de la Saint Sylvestre ou les heures qui viennent célébreront la course folle d’un chronos qui s’enfuit déjà….
Ordinairement le baptême de nos Catéchumènes se prépare dans le temps du grand Carême pour aboutir au sein de la nuit de Pâques à l’illumination des fidèles venus chercher en Christ le Salut et une vie renouvelée.
Car le sommet du mystère de Pâques est véritablement l’accomplissement du baptême, tout comme le baptême est véritablement le sacrement Pascal par excellence.
Mais comme nous l’avons chanté tout à l’heure : être baptisé en Christ c’est revêtir le Christ, c’est aussi naitre de nouveau en Lui en le laissant naitre en nous.
Le baptême est donc aussi sacrement de Nativité :
En réponse à Nicodème qui dit « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ?
Peut-il entrer une seconde fois dans le ventre de sa mère et renaitre ? » Jésus répondit ; « En vérité, en vérité, je te le dis ; personne à moins de naitre de l’eau et de l’Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu.
Ce qui est né de la chair est chair et ce qui est né de l’Esprit est esprit, ne t’étonne pas si je t’ai dit ; il vous faut naitre de nouveau ! Le vent souffle ou il veut et sa voix tu l’entends, mais tu ne sais ni d’où il ne vient ni où il va, ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit » (Jn 3 / 3-8).
La nativité est donc initiation baptismale, et la Pâques en est son accomplissement !
C’est ce qui vient de se passer pour toi mon cher Alexandre car tu découvriras un jour que ce moment est le plus important de ton existence.
Tu penses sans doute avoir décidé de te faire baptiser, ce n’est pas tout à fait exact…. C’est aussi l’Esprit qui le premier et de toute éternité a mis en ton cœur ce désir irrationnel pour pouvoir ensuite fondre sur toi, c’est Lui qui « dès le ventre de ta mère t’appelait par ton nom pour faire de toi une flèche choisie. »
Désormais ce qui te distingue de la foule qui végète à la surface de la terre c’est qu’il y a quelqu’un dans ta vie, son nom est Christ et il ne t’abandonnera jamais.
Désormais tu peux être certain que ton dernier pas ne sera pas un saut dans le néant mais dans les bras d’un Dieu.
Ta plongée baptismale est une Pâques : un passage entre l’état de servitude et celui de la liberté, un saut inouï entre la mort du vieil homme et la naissance de l’homme nouveau.
Aujourd’hui dans le baptême tu as reçu « le canon immuable de la vérité » (la formule est de Saint Irénée), ce sacrement est règle de foi transmise, qui implique ta faculté à la recevoir en vue de son accomplissement.
Tu deviens jardinier de tes terres intimes…
Tu deviens iconographe de ta propre vie :
L’Eglise t’a fourni sacrements et outils : la planche de la Sainte Croix, le levka virginal du vêtement immaculé, l’eau du baptême de régénération et les pigments multicolores des Dons du sceau du Saint-Esprit mais « in fine » c’est a toi qu’il revient de peindre l’icône de Dieu en toi.
Jusqu’alors tu étais un individu (le stade ultime de ce qui ne peux plus être divisé davantage), un homme du torrent soumis aux lois d’actions et réactions, au tragique du joug de la chute.
Aujourd’hui tu deviens une personne (hypostase disent les grecs) en synergie avec Dieu, une personne dont la vie présente et future est ressemblance destinée à s’accomplir dans l’image.
L’âme de l’homme profane (pro fanum, à l’extérieur du Temple) est souvent animée par un besoin frénétique d’agir selon ses états d’âme….
L’âme de l’homme Théandrique est Apathéia, elle est le siège immobile d’un désir d’être, d’un besoin d’infini que seul l’infini de Dieu peut combler (l’expression est de Pascal)
La triple immersion qui vient d’avoir lieu ainsi que la Chrismation qui s’en est suivie furent les deux premiers pas de l’initiation Chrétienne.
Dans quelques instants cette initiation sera complétée et achevée par le troisième pas de la communion Eucharistique.
Ces trois pas sont trois marches qui mènent au Temple de Dieu en l’homme.
Ouverte à tous, l’Eglise n’est pas une société initiatique, mais par l’Esprit Saint qui la fonde elle est la matrice, l’inspiratrice de toute initiation véritable.
Pour cette raison, tu recevras les signes distinctifs de ta foi, dans l’Eglise c’est le signe de la Croix, puis nous te donnerons collectivement les mots de reconnaissance : dans les premiers siècles ils formaient une « secrète » qui aujourd’hui compose la sublime prière du Sauveur : « le Notre Père ».
Par cet ensemble qui récapitule « les mystères » tu es désormais « greffé » à un Dieu qui s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu (Saint Irénée).
Ici s’accomplissent les prophéties de l’ancienne alliance, qui fait de nous des héritiers du sang des fils d’Israël.
Cette lignée n’est pas ethnique, anthropologique, ou sociologique mais c’est une filiation spirituelle qui coule dans nos veines, comme un privilège Divin qui irrigue tout notre être.
Ce que je veux dire par là c’est que pour bien comprendre le Christianisme il est nécessaire d’aller souvent puiser au trésor d’Israël.
Et de discerner mon cher néophyte :
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- Que ce qui t’arrive aujourd’hui n’est pas sans lien avec l’eau purificatrice du déluge de Noé qui, lavant l’ancien monde de la prévarication laisse émerger la promesse d’une terre nouvelle et d’un ciel nouveau.
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- Qu’il ne l’est pas non plus avec l’ouverture de la mer rouge, qui devant la puissance du serpent d’airain suspendu sur la Croix du bâton de Moïse, permis à son peuple d’échapper aux morsures de l’ennemi venimeux pour passer de la terre de servitude à celle de la liberté.
Mais restons-en là, car le temps n’est plus aux mots, il est la fête, il est au banquet ! car l’Esprit de Pentecôte, l’Esprit de Vérité, l’Esprit de feu et d’onction a fondu sur toi en ce jour béni où les anges se réjouissent….
Tu es désormais invité aux noces de l’Agneau, tu en as d’ailleurs revêtu les habits de fête.
Puisses-tu désormais mon cher ami, Le suivre partout où Il va !
A Lui soit la gloire dans les siècles des siècles
